La pédagogie Montessori est classée dans les pédagogies « nouvelles », et pourtant sa genèse nous fait faire un bond en arrière d’un peu plus d’un siècle ! Le génie échappe au temps et ne meurt pas. Aujourd’hui encore, la pédagogie Montessori apporte un regard neuf sur l’enfant. Ce regard aimant et confiant a été adopté par la plupart des psychologues et des pédagogues, mais les outils concrets que nous donne Maria Montessori sont encore trop méconnus.
Les outils, simples à mettre en application, sont en parfaite cohérence avec les connaissances actuellement reconnues par les spécialistes de l’enfance. Toute l’ambiance de la salle de travail, le matériel, l’éducateur, ne tendent qu’à une seule chose : accompagner l’enfant pour qu’il se révèle tel qu’il est, et exploite le meilleur de son potentiel. Ce qui est toujours nouveau, depuis un siècle, c’est l’absence de mise en concurrence des enfants, l’absence des punitions et des récompenses qui motivent l’enfant pour quelque chose d’extérieur à ce qu’il apprend, et la liberté de choix et d’action (ou d’inaction) de l’enfant qui l’amène non pas vers des activités désordonnées, mais vers ce que Maria Montessori appelle l’autodiscipline. Ce qui reste nouveau, c’est aussi la position d’humilité que prend l’éducateur montessorien (maître ou parent), montrant une direction à l’enfant, puis le laissant chercher, lui offrant le temps de se tromper, lui donnant la chance de pouvoir réussir à surmonter la difficulté que présente chaque apprentissage en puisant dans ses ressources propres, tout en restant présent et à l’écoute.
L’école fonctionne par classe unique. Ce système favorise l’entraide et permet à l’enfant d’apprendre à son rythme. Dans chaque classe, les enfants sont accompagnés par une éducatrice et une assistante Montessori. Dans un cadre rassurant, il peut se diriger seul vers l’activité qui correspond à son rythme d’évolution.
En maternelle
Pour les petits, il s’agit surtout de vie pratique (verser de l’eau, arroser les fleurs, balayer, nettoyer un miroir, cirer ses chaussures, se laver les mains, boutonner, faire des nœuds, se coiffer…) ; au-delà de l’intérêt objectif de savoir se servir des choses, l’enfant va développer la dextérité et l’habileté qui seront nécessaires aux travaux plus fins de la suite des apprentissages (l’écriture par exemple).
Plus grand, vient le temps du travail mathématique et du langage, ainsi que de toutes les activités parallèles telles que la géographie, la musique ou la botanique. Elles pourront être présentées très tôt à l’enfant, sans le mettre en situation d’échec, puisque Maria Montessori insiste sur la nécessité d’introduire « une difficulté à la fois ».
Les enfants s’intéressent très tôt aux lettres et aux sons. Après avoir travaillé le découpage d’un mot en sons, l’enfant va apprendre le son des lettres (plutôt que leur nom). Ainsi très vite il va pouvoir écrire, puis lire. Concernant le geste d’écriture, nous avons créé un classeur d’écriture basé sur la méthode Dumont. Celle-ci repose beaucoup sur une bonne préparation (musculaire, positionnement…) de l’enfant avant de pouvoir écrire ses premiers mots.
Le rôle de l’éducateur est de présenter la première fois le matériel, puis de suivre discrètement la progression de chaque enfant, de façon à lui proposer de nouvelles activités lorsque l’enfant est prêt. L’éducateur n’intervient que si l’enfant le sollicite, il ne corrige pas l’enfant, le matériel permettant la correction autonome.
Dans la journée, les enfants sont invités à se regrouper autour d’une activité à vivre ensemble (chant, cuisine, écouter un conte, théâtre…). L’enfant peut aussi être directement acteur de la vie en collectivité : préparation d’une collation par des enfants qui épluchent les fruits pour tous les autres.
En élémentaire
Selon Maria Montessori, l’éducation de 6 à 12 ans doit permettre à l’enfant d’entrer dans la culture, dans la vie morale et de développer son intelligence.
L’enfant, à 6 ans, s’émerveille du monde qui l’entoure et va se mettre en quête de le découvrir. Il va s’interroger sur son propre rôle dans ce monde. Les grandes récits de Maria Montessori en sont le point de départ. Ils lui donnent l’impulsion d’aller plus loin dans ses réflexions. La pédagogie et ses outils lui permettent de devenir chercheur. C’est l’âge de la culture, des grandes interrogations où l’enfant exprime un besoin vital de comprendre le pourquoi et le comment des choses, de se situer et de construire son jugement.
A 6 ans, c’est aussi l’âge moral et social où le sens aigu de la justice se manifeste fortement. Il recherche le « comment vivre ». Il se tourne vers les autres, s’approprie les règles de vie collective. A cet âge, l’enfant a besoin de développer l’estime de soi, la confiance dans la relation à l’autre. Il demande à être reconnu comme une personne sociale.
Nous lui offrons des règles et un cadre, essentiels pour qu’il grandisse en sécurité, autonome et serein. L’environnement préparé répond aux besoins de l’enfant en fonction de ses étapes de développement. Ainsi, il chemine en autonomie et est acteur de sa progression. L’adulte est là pour l’aider à développer son potentiel dans un climat de respect et de confiance. Il découvre et s’approprie les outils de la connaissance nécessaires à son développement : lecture, écriture, vocabulaire, grammaire, expression écrite et orale, calculs, géométrie, sport, arts, musique… Il va découvrir alors le monde et ses lois grâce à l’histoire, la géographie, la botanique, les sorties, les recherches… L’enfant construit ses apprentissages par la manipulation de matériel, par la sollicitation de l’imagination et du raisonnement. Petit à petit, l’enfant va vers l’abstraction et développe son esprit de synthèse et son esprit critique en s’affirmant, en exprimant ses propres idées et en se confrontant à ses pairs. Nous offrons à l’enfant la possibilité d’expérimenter la vie sociale : travailler en groupe, élaborer et restituer des exposés, prendre des responsabilités (aide aux plus jeunes, soin de l’ambiance…), apprendre à gérer des situations de conflits.
[article rédigé par Marion Casolari, directrice pédagogique de l’école Montetibou et éducatrice 3-6 ans, et Elodie Jadeau, éducatrice 6-9 ans, vidéos réalisées par Julie Desjardins]
Pour aller plus loin, nous vous conseillons : « Pédagogie Montessori : les ressorts d’un engouement qui dure », Bérengère Kolly, The Conversation, décembre 2018. Bérangère Kolly a réalisé un cycle de 3 conférences dans notre école en 2022, sur les thèmes suivants : « La main et l’indépendance : le rôle du matériel dans la pédagogie Montessori », « Changer l’environnement pour accueillir le petit enfant », « Montessori et les 6-12 ans : qu’est-ce que l’éducation cosmique? ».